La série Gaïa est une réflexion sur le sens de la vie humaine au temps de l’anthropocène. Elle s’inspire de cette divinité première, l’esprit Terre-mère à la source de toute création, capable à la fois de faire naître l’harmonie et surgir le chaos. 

 

L‘être humain a vécu la majeure partie de son évolution dans la nature. Nous en faisons partie et le besoin de s’y ressourcer est inscrit biologiquement au plus profond de nous. Malheureusement, nous n’avons jamais été aussi éloignés de cette fusion avec la nature. Nous sommes devenus une espèce urbaine techno-dépendante dont chaque génération contribue à aggraver la dégradation environnementale. Nous acceptons alors une nature appauvrie comme étant la norme et manquons d’empathie pour le monde sauvage. Nous savons pourtant que la nature est fondamentale pour notre bien-être. Notre espèce, en perdant ce contact, entame ainsi un processus autodestructif qui la plonge dans l'obscurité : on parle d’amnésie environnementale. 

Alors que nous avons construit notre modèle de société sur notre séparation avec la nature et sa domination, il est nécessaire de repenser les bases de notre système, raviver la mémoire de notre appartenance au vivant et ranimer notre biophilie. Dans la cosmologie indienne, les êtres vivants naissent d’une seule et même énergie, appelée shakti. Ce nom désigne le principe féminin et la force créatrice. Les liens entre les femmes et la nature relèvent d’un héritage ancestral. A travers des portraits de femmes, je propose une réflexion sur le rôle du principe féminin dans le changement de paradigme nécessaire pour renouer le lien entre l’être humain et la nature. 

 

Un mouvement, l’écoféminisime, retisse la trame entre les femmes et la nature. Il existe des similitudes entre les systèmes d’oppression des femmes et les systèmes de surexploitation de la nature par l’être humain. L’écologie et le féminisme, en faisant cause commune, amorcent un changement majeur en prônant un retour aux valeurs du féminin comme aux fondamentaux d’une vie plus naturelle, en accord avec les lois du vivant. L'écoféminisme ne vise pas seulement la libération des femmes, mais bien aussi celle des hommes. Le modèle de société défendu suppose que l’homme, prisonnier des stéréotypes de sa virilité, apprenne à développer sa part féminine, valorisant les notions essentielles de compassion et de partage. Une vision partagée par Pierre Rabhi, pour qui “la subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du genre humain. Il nous faut rendre hommage aux femmes gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun de nous.” La série Gaïa met en scène ces gardiennes porteuses d’espoir, sur lesquelles je projette des photographies de nature que j’ai réalisées.  Entre ombre et lumière, chaos et harmonie, elles sont le reflet de l’énergie féminine qui fait renaître notre biophilie et tente de rapprocher l’humanité de ses origines naturelles. 


La série Gaïa est une ode au féminin sacré qui, tapi dans l’ombre, retrouve peu à peu ses couleurs et sa fierté. La nature en tant que sujet vivant et l'intelligence féminine sont toutes deux essentielles à la survie de l’humanité. Le masculin et le féminin, dans un rapport délivré de toute subordination, doivent se rejoindre en une seule et même énergie créatrice car ils sont tous deux constitutifs d’un Tout.